par Marine Vigneau, historienne

La légende

La création du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle remonte au Moyen Age et est associée à la légende de Saint-Jacques, parti pour évangéliser l’Espagne (1). Il quitta Jérusalem après la Pentecôte et débarqua en Andalousie, conquise par les musulmans, et décida de rester quelques années en Galice. Aux yeux de l’église catholique, la présence de Saint-Jacques marque un tournant pour le catholicisme espagnol, qui se trouva confronté à l’invasion musulmane. Saint-Jacques, après avoir réussi sa mission d’évangélisation, est reparti à Jérusalem, où il fut décapité. Son corps fut posé sur une barque par deux de ses disciples et alla s’échouer en Galice. Il fut enterré sur place et, à l’endroit de sa tombe, fut fondée la ville de Saint-Jacques-de-Compostelle.

De son temps en Espagne, l’histoire retient des miracles au IXème siècle autour de la dépouille de Saint-Jacques, qui entraînèrent une série de constructions d’édifices religieux. Le culte autour de Saint-Jacques devint tellement important en Espagne que le saint fut nommé Saint-Patron de pays.

Le pèlerin

Les sculptures de Saint-Jacques le représentent simplement vêtu d’une longue robe, d’un chapeau, d’une besace et d’un bourdon en bois (un bâton). Le bâton est l’objet de la représentation commune d’un pèlerin depuis le Moyen Age, il aide à la fois pour la marche, mais aussi il permet aux voyageurs de pouvoir se défendre en cas de besoin. Les prêtres avaient pour coutume de bénir les bourdons avant que les pèlerins ne partent. La coquille de Saint-Jacques est surtout représentée sur les gravures et les sculptures des pèlerins. Elles servaient de preuve du long périple car les pèlerins pouvaient les trouver sur les côtes maritimes de Galice. Elles faisaient office de porte-bonheur ou encore de protection contre les maladies et les mauvais sorts, culte connu autour de la coquille depuis l’Antiquité. La coquille sert de preuve pour le pèlerin et permet de s’identifier et de s’aider mutuellement. Depuis le Moyen-Âge, la coquille appelle à l’entraide, à l’acte de charité pour celui ou celle qui fait une longue marche et celui ou celle qui peut aider ou héberger un pèlerin.

Le pèlerinage

Les chemins de Compostelle s’empruntent depuis des siècles par des gens de différentes nationalités venus de tous pays, ce qui fait de ces itinéraires un moyen de communication international, dont le passeport est la créanciale, délivrée par l’Eglise, et la crédentiale, du côté laïc. Inscrits au Patrimoine Mondial de l’UNESCO depuis 1993, les chemins sont empruntés à 55% par des hommes et 45% par des femmes. Les modes de pèlerinage sont multiples : 90% à pied, 9,5% en vélo et 0,5% à cheval. Les motifs aussi sont différents : 38% religieux, 54% spirituel et 8% sportif. Les pèlerinages se font en majorité entre avril et octobre. Le mois d’août étant le mois où la fréquentation des chemins est au maximum (2 ).

Le chemin par chez nous…

En France, nous pouvons remonter l’histoire des chemins de Compostelle (3) depuis un manuscrit : «Guide du pèlerin» datant du XIIème siècle. Le chemin emprunté par les pèlerins dans notre région se nomme la «Route de Vezelay» (4), ou Via Lemovicensis en latin. Les pèlerins qui s’arrêtent par chez nous arrivent par deux voies différentes se séparant à La Charité-sur-Loire, en Nièvre. Le premier chemin va en direction de Bourges et continue par Châteauroux pour Argenton-sur-Creuse et enfin Gargilesse-Dampierre. Le deuxième chemin démarre aussi à partir de La Charité-sur-Loire, mais va en direction de Nevers puis Saint-Amand-Montron puis La Châtre et Neuvy-Saint-Sépulcre et enfin s’arrête, lui aussi, à Gargilesse qui se trouve donc être le village qui fait rejoindre les deux chemins de la Route de Vézelay en Région Centre. C’est la route la plus passante et la plus directe pour les pèlerins arrivant de Bourgogne en direction de Saint-Jacques de Compostelle en Espagne. Remontant au Moyen Age, la petite église du Pin, à côté de Gargilesse, possède sur ses marches une coquille de Saint-Jacques (photo) qui indique que le chemin était emprunté par le passé par des pèlerins et connu comme tel.

Il est difficile d’obtenir des sources exactes sur les pèlerins hors circuit officiel, mais nous savons que les chemins ont évolué avec le temps, et les attentes des pèlerins aussi. Grâce à l’évolution de la société, de plus en plus de pèlerins s’équipent de manière plus importante dans le but de ne manquer de rien sur la route. Accompagnés de guides papiers, ils suivent «religieusement» la route et s’arrêtent par chez nous pour trouver un peu de repos. La plupart des pèlerins s’arrêtent à Gargilesse pour dormir et se remettent en route le lendemain. Sur place, ils en profitent pour visiter les sites importants des villages. Cuzion ne dénote pas des autres, les pèlerins qui s’arrêtent profitent de la place du village pour casser la croûte, demander leur chemin, puis tous passent par le chemin du Casse-Cou, depuis la place de la Peureyre, pour continuer leur voyage en direction du Moulin de Châteaubrun et des bords de Creuse, passage qu’ils apprécient énormément de par le paysage et de par l’accueil des habitants du village. La pratique du pèlerinage remonte à des siècles qui sont incomparables au nôtre, mais l’esprit du pèlerinage est toujours le même : savoir répondre à des attentes spirituelles et pouvoir repousser ses limites. Nos petits villages sur le chemin de Saint-Jacques permettent un repos bien mérité pour ces hommes et ces femmes en quête d’une extraordinaire aventure.

Sources :

  1.  Les chemins de Compostelle, souvenirs historiques, anecdotiques et légendaires, Tours, 2009, réed. Altantica-Séguier & Fondation David Parou, 2006
  2.  Oficine de Acoaida al Perearino, 2015
  3.  Site internet : http://lodel.irevues.inist.fr/saintjacquesinfo/index.php?id=162
  4.  Site internet : www.chemins-compostelle.com/itineraires/9/la-voie-de-vezelay

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