Par Jean-Michel Moné, d’après une source de Marie-Thérèse Guilloteau.

Je vous parle d’un temps, en pleines années 30, où Cuzion grouillait de vie. Tout le monde y vivait en parfaite harmonie et cela valait, parfois, d’assister à des coups pendables dont se délectaient les habitants de l’époque, toujours de connivence lorsqu’il s’agissait de s’amuser. L’histoire qui suit et qui m’a, à plusieurs reprises, été racontée, rappelle ces temps, pas si lointains où, dans la nuit du 30 avril au 1er mai, à partir de minuit, l’histoire voulait que tout ce qui était en évidence dans le village soit transporté et stocké sur la place du monument aux morts dont l’architecture, au fil du temps, a subi quelques changements.

M. et Mme Bernarbot, fraîchement mariés, vivaient dans la ruelle aujourd’hui appelée « impasse des diligences ». Ils possédaient un âne (comme beaucoup de gens à l’époque) qui, lui, avait son étable dans ce qui est devenu l’impasse du portail. C’est au cours de cette fameuse nuit du 30 avril au 1er mai que la jeunesse de Cuzion, fidèle à la tradition, s’est introduite dans l’étable de l’âne, particulièrement sociable, qui se prêta sans résistance à l’habillage de ses sabots par de grands pans de tissu roulés pour éviter que les propriétaires ne soient alertés par le moindre bruit. C’est donc à pas feutrés que l’équidé fut acheminé jusqu’au centre du bourg et glissé dans un couloir, entre le café Martin et le café Guyoton dont l’entrée était fermée par une porte verte. Le lendemain matin, tout le village résonnait du bon tour que les jeunes, dans la nuit, avaient joué aux Bernarbot… mais chacun gardait l’évènement secret, attendant la suite avec impatience.

C’est la Victorine Bernarbot, plutôt ch’tite et réputée pour ses sautes d’humeur qui, la première, s’aperçut de la disparition. Remontée et très en colère, elle se rendit, sans tarder, à l’Hôtel du Faisan, seul endroit à posséder un téléphone, pour alerter les gendarmes d’Eguzon. Les hôteliers, parfaitement complices, entamaient alors une conversation avec la Victorine, à seule fin de la retenir le temps, pour les déménageurs nocturnes, de ramener l’âne à son domicile… et c’est ainsi que, lorsque les gendarmes arrivèrent, ils se rendirent directement chez les Bernarbot. C’est la Victorine en personne qui les reçut et les accompagna, manu militari, sur les lieux du forfait. Les commentaires allaient bon train, jusqu’à l’ouverture de la porte de l’étable et là, oh stupeur !, le grand noir du Berry était bien là, au demeurant fort calme et semblant tout heureux d’avoir retrouvé son «chez soi ».

Rouge de honte, tentant d’expliquer l’inexplicable, tour à tour interdite, interloquée, éberluée même, la Victorine balbutiait des borborygmes incompréhensibles devant les gendarmes sceptiques et peu enclins à discuter. Se serait-elle moquée d’eux, pensaient-ils ? La réponse vint du petit mur qui jouxtait le portail et où les noctambules s’étaient dissimulés pour assister à la scène. N’y tenant plus devant la situation qui devenait de plus en  plus cocasse, l’un d’eux partit d’un rire bruyant qui trahit leur présence et les obligea à déguerpir devant les gendarmes sidérés. Comprenant la situation, la Victorine fit volte-face. Les jurons et menaces qui suivirent prouvaient qu’elle avait retrouvé son naturel. Quant aux gendarmes, ils venaient de comprendre brusquement qu’eux aussi avaient été bernés et qu’ils venaient de vivre en direct une nouvelle histoire drôle, comme il en existait beaucoup à l’époque, en ce 1er mai 193… Durant quelques semaines, la Victorine évita de se promener dans les rues…

Mairie de cuzion

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